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DÉBAT
La mémoire subliminale
Extrait d’un ouvrage inédit.

mardi 12 novembre 2002, structuré par, Emmanuel-Juste DUITS



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La correspondance partielle entre les visions en NDE et la réalité pourrait s’expliquer sans recourir à des hypothèses "paranormales" ni à l’hypothèse d’une âme immatérielle.

Admettons que les expérienceurs ont effectivement retrouvé des événements authentiques survenus lors de leur épisode de mort clinique ou durant leur réanimation. Cette remarque n’implique pas que les expérienceurs aient eu accès à ces informations de façon surnaturelle.

Certes, ils ont associé ces images à une impression de "sortie hors du corps" ; mais cette impression n’est pas une preuve que les évènements se sont réellement déroulés comme ils le croient.

Descriptif de l’hypothèse

Ce qu’ils disent avoir "vu" viendrait d’une sorte de mise en scène visuelle, après-coup, de leur intervention. En effet, le cerveau enregistre de façon subliminale les sons et les manipulations kinesthésiques que le corps reçoit. L’ouïe est le dernier sens qui s’éteint. Ce qui veut dire que même pendant un coma, elle transmet des stumili et des informations au cortex. Par la perception auditive des discussions dans la salle, des déplacements de l’air, par les sensations inconsciemment stockées (à tel moment l’abdomen est ouvert, à tel autre il est cousu etc.), le patient "connaît" le déroulement de sa propre opération. Qu’ensuite, par des mécanismes encore inexpliqués, il puisse réactiver cette mémoire et synthètiser sous forme visuelle ses impressions ne devrait pas surprendre outre-mesure. Sous hypnose, les sujets se retrouvent parfois dans le décor de leur chambre de bébé, ou réentendent le prénom de leurs camarades de maternelle, et foule d’autres détails totalement oubliés et qu’ils ne pouvaient pas se rappeller volontairement.

Argument 1
- L’hypnose montre la capacité des humains à recréer un environnement total et à restituer des pans entiers de scènes oubliées. Il est donc établi que notre cerveau enregistre tous les stimuli qui nous touchent, même les plus infimes, et qu’il peut les retrouver sous certaines conditions.

Argument 2
- Quant à expliquer la précision des images évoquées de la part de femmes et d’hommes qui avaient les yeux clos... rien ne prouve que les expérienceurs n’ont pas vu - puis oublié - des images d’un cœur ouvert et d’un défibrillateur. Entre l’hypothèse d’une "âme" quittant le corps et percevant toute la réanimation, et l’idée que chaque expérienceur a pu voir des instruments médicaux peu connus au cours de sa vie, la vraisemblance est du côté de la deuxième explication, dira le rationaliste. D’autant qu’il s’agit souvent de malades ayant subis plusieurs interventions graves ; ils sont donc des habitués du monde médical et ont croisé à diverses reprises les machines des services spécialisés. De toutes façons, nous sommes soumis à un tel flot de données télévisuelles que personne ne peut affirmer qu’il n’a pas vu à un moment ou à un autre tel ou tel appareillage complexe.

Argument 3
- Il existe déjà des drogues (kétamine etc.) qui donnent la sensation de quitter son corps. L’impression de décorporation ne serait pas une preuve de réelle décorporation, mais un ingrédient de l’expérience.

Point d’étape

- Cette hypothèse demande d’être étayée. Comment un cerveau dans un état d’inconscience pourrait-il mettre en scène tous ces événements ? Ou alors, comment a-t-il fait après-coup ?

- Cette hypothèse paraît vraisemblable, mais est-elle testable ? Il ne suffit pas de proposer une explication plausible pour qu’elle soit vraie.

- De plus, on peut lui objecter les cas où un expérienceur a "vu" des détails qui étaient totalement hors de sa portée sensorielle, ni audibles, ni visibles etc. Voir rubrique Hypothèse surnaturaliste, articlesles "sorties hors du corps" et les NDE d’aveugles.

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> La mémoire comme reconstruction
3 octobre 2003, par Fred   [retour haut de page]

J’ai connu une expérience (banale malheureusement) d’accident de voiture grave (avec traumastismes et perte de connaissance). J’en ai à proprement parler des souvenirs. Toutefois, en étant rigoureux, je dois admettre que je ne sais pas si ces souvenirs sont des reflets de la réalité ou s’ils ont été reconstruits pour donner du sens, après coup, à un traumatisme.

En fait il me semble que n’importe quelle mémoire fonctionne de cette manière : elle obéit à l’impérieuse nécessité de donner du sens. Je pense même que cette nécessité opère dans la perception que l’on a du monde à un instant "t". Dans le cas d’un traumatisme (cas des NDE), on peut penser que cette quête de sens agence les perceptions (ou stimuli) de façon particulièrement libre, jusqu’à aboutir à des souvenirs extraordinaires.

Il est fondamentalement impossible de savoir exactement ce qui s’est passé, lors d’une expérience traumatisante. Dès lors, il me semble que le débat NDE porte moins sur ce qui doit être tenu pour vrai pour telle ou telle personne, mais sur ce qui peut être publiquement et collectivement tenu pour vrai. Qu’est-ce que ça implique, politiquement pour ainsi dire, d’admettre que l’on peut "sortir de son corps ?" est la question à laquelle il me semble intéressant de réfléchir.



-> La mémoire comme reconstruction
(1/1) 3 octobre 2003, par Fred
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